Depuis quelques jours, je suis obnubilée par les Vanités et leurs représentations contemporaines. Parmi la foultitude de crânes et autres têtes de mort, celles qui m’entêtent sont composées de fruits et légumes opulents, colorés, invitant à les croquer tout cru ! Outre qu’en ce début d’année une de mes Hautes Résolutions est de diminuer la part de féculents dans mon alimentation au profit de légumes verts, il y a là une marotte dont je compte m'émanciper dès à présent !
Analyse conceptuelle…
Les Vanités* célèbrent la futilité et l’éphémère de la vie. Le temps qui passe, qui fane, fait se décomposer, moisir, faisander, périr et disparaître les corps; ce temps s’inscrit dans un devenir à l’issue fatale et sans surprise.
Si la tradition veut que les Vanités soient une manifestation sensible de la mort, elles demeurent surtout une expérience du vivant, une expérience sensible et sensorielle riche. Elles témoignent ainsi d’un rapport ambivalent au monde et à la vie ….
* Une vanité est un type de nature morte dont la composition allégorique suggère que l'existence terrestre est éphémère, vaine, la vie humaine précaire et de peu d'importance.
Si la tradition veut que les Vanités soient une manifestation sensible de la mort, elles demeurent surtout une expérience du vivant, une expérience sensible et sensorielle riche. Elles témoignent ainsi d’un rapport ambivalent au monde et à la vie ….
Fruits from Jean-Pacôme Dedieu on Vimeo.
...Croquer ou ne pas croquer, telle est la question !
J’ai été assaillie par cette interrogation existentielle récemment… Le 31 décembre 2010, j’ai crée ce blog, j’ai écrit mes premières lignes timides en enfilade silencieuse. Bien sûr, j’ai manqué d’audace. J’ai disparue sous une glose lisse et universitaire. Mes amis me l’ont fait payer !
Comme "l'amitié est une source inépuisable de mécontentement et de rage dont il serait déraisonnable de vouloir se passer"**, après mûre apostille, je craque
** Cioran
** Cioran
je croque ! A pleines dents, chacun des mots alignés ici !
Chaque mot exprimant un goût possède une saveur singulière qui se chique, se mâchouille, se mâche, se balbutie et s’articule.
Passionnés du goût, amateurs de vin, de thé, de chocolat, de cigare, de whisky, parleur et auteur du goût, vous êtes tout comme moi pris dans une oralité qui s’élabore et dont l’élocution se veut sans bavure, quoi qu’un crachat passe encore plutôt bien. C’est une quête de l’oralité absolue qui nous anime. J’affirme sans sourciller (NDLR).
Quête soutenue par La Vanité de chacun, puisqu’il faut prendre la parole, dire Je, se faire Auteur et… se dégager du discours de l’Autre.
Un blog est un espace où la singularité a ses droits. Moi j’ai le vent en poupe et le blog en vogue depuis que je m’accorde cette liberté. J'ai même envie d'écrire par générosité envers l'autre*** et non plus par crainte de son jugement !
*** Cet autre qui pourrait bien être mon meilleur ami
*** Cet autre qui pourrait bien être mon meilleur ami
Le jugement de goût lors de la dégustation a besoin de ce parti pris pour soi. Il exprime lui aussi une singularité qui est perpétuellement mise à l’épreuve du Bon Goût. Aussi, faut-il veiller pour déjouer l’écueil inhérent à cette expérience du vivant qu’est la dégustation.
Déguster est une posture existentielle qui me transforme. Je sens à cet instant que c’est le rouge profond au crépuscule du monde que mon goût désire.